
Il y a une phrase que j’entends chaque semaine, et elle est toujours dite avec le calme de quelqu’un qui se croit prudent : « je préfère ne rien faire pour l’instant ».
Ne rien faire est une décision. Elle a un prix, il est chiffrable, et il ne figure sur aucun relevé.

Ce que dix ans enlèvent à ce qui dort
L’inflation s’établit à 2,1 % sur un an. Sur dix ans, à ce rythme, les prix montent de 23,1 %. Autrement dit, il faut 123 100 € demain pour acheter ce que 100 000 € achètent aujourd’hui.
Un capital de 100 000 € laissé sur un compte courant vaut donc 81 200 € en pouvoir d’achat au bout de dix ans. La perte est de 18 800 €. Le solde bancaire, lui, affichera toujours 100 000 €. C’est ce qui rend le phénomène si difficile à voir, et si coûteux à rattraper.
Sur un Livret A à 1,70 %, le même capital devient 118 400 €. Corrigé de l’inflation, il vaut 96 200 €. La perte est plus douce, elle reste une perte.
Ce que les mêmes dix ans font à une dette
Prenez maintenant le même phénomène, vu de l’autre côté du bilan.
Une dette de 300 000 € à taux fixe ne s’indexe pas. La mensualité de la dixième année est exactement celle de la première, alors que tout le reste a augmenté de 23,1 % : les salaires, les loyers, le prix du bien lui-même.
En pouvoir d’achat, ces 300 000 € ne pèsent plus que 243 700 €. L’inflation a effacé 56 300 € de dette réelle. Et cela s’ajoute au capital que vous avez remboursé pendant ces dix ans, qui n’est pas compté ici.
Une seule et même inflation. Elle prend 18 800 € à celui qui attend, elle en rend 56 300 € à celui qui a engagé.
Pourquoi personne ne le dit
Parce que l’érosion n’a pas de date, pas de courrier, pas de ligne comptable. Une perte de 19 % en dix ans, cela fait 0,17 % par mois. Personne ne change de comportement pour 0,17 % par mois. Et pourtant, c’est la somme de ces mois qui décide de ce qu’il restera.
Un impôt qui prélèverait 18 800 € sur un compte déclencherait une révolte. La même somme perdue en silence ne déclenche rien.
Le locataire et l’emprunteur, même mensualité, autre destin
Un loyer de 1 200 € par mois représente 144 000 € sur dix ans, intégralement consommés, et revalorisés chaque année par l’indice de référence.
La même mensualité qui rembourse un crédit construit un capital, pendant que l’inflation allège la dette et que le locataire paie l’inflation deux fois : sur son loyer, et sur son épargne qui dort à côté.
Ce n’est pas une question de goût pour la pierre. C’est une question de sens de circulation.
Ce que cela ne veut pas dire
Cela ne veut pas dire s’endetter pour s’endetter. Une dette n’allège votre situation que si l’actif en face tient, si les loyers rentrent, et si la mensualité reste supportable en cas de coup dur. Un crédit sur un bien mal choisi reste un crédit sur un bien mal choisi.
Cela ne veut pas dire non plus vider ses livrets. Trois à six mois de dépenses doivent rester disponibles immédiatement, et cette poche-là n’a pas vocation à battre l’inflation, elle a vocation à vous éviter de vendre au mauvais moment.
Cela veut dire que la part de votre patrimoine qui dépasse cette poche de sécurité travaille contre vous tant qu’elle dort.
Ce qu’il y a à faire
Regarder trois chiffres. Combien dort aujourd’hui au-delà de votre poche de sécurité. Ce que ce montant vaudra dans dix ans si rien ne change. Ce qu’il permettrait d’engager, à crédit, sur un actif choisi.
Les trois se calculent en une heure. Ce sont les mêmes trois chiffres pour tout le monde, et pourtant presque personne ne les a en tête.
Encore faut-il avoir les informations.
Sources
- Insee, indice des prix à la consommation : inflation de 2,1 % sur un an, soit une hausse cumulée de 23,1 % sur dix ans à rythme constant
- Taux du Livret A fixé à 1,70 % depuis le 1er août 2026, arrêté du ministère de l’Économie
- Calculs Paris Conseils : 100 000 € valent 81 235 € en pouvoir d’achat après dix ans à 2,1 %, soit 18 765 € de perte
- Calculs Paris Conseils : une dette de 300 000 € à taux fixe pèse 243 705 € en pouvoir d’achat après dix ans, soit 56 295 € d’allègement, hors capital remboursé
- Insee, indice de référence des loyers : révision annuelle des loyers d’habitation indexée sur l’inflation hors tabac et hors loyers