Le calendrier des retraites est gelé, pas annulé

Corentin CURTET

Corentin CURTETFondateur & dirigeant
Publié le 7 octobre 20263 min de lecture

La suspension votée dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 rend un trimestre à cinq générations. Elle court jusqu’en janvier 2028. Ce qui se décide après cette date n’est écrit nulle part, et c’est précisément ce qui doit guider vos arbitrages aujourd’hui.

Depuis le 1er septembre 2026, le relèvement progressif de l’âge légal est suspendu. La mesure figure dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 et son application a été précisée par une circulaire de la Cnav du 5 mars 2026. Concrètement, le calendrier issu de la réforme de 2023 cesse d’avancer : les générations qui devaient voir leur âge de départ reculer trimestre après trimestre restent sur le palier atteint.

Pour la génération 1964, cela se traduit par un âge légal de 62 ans et 9 mois au lieu de 63 ans, et une durée d’assurance de 170 trimestres au lieu de 171. Un trimestre travaillé en moins, un trimestre de pension en plus. Les générations suivantes, jusqu’à 1968, bénéficient d’un décalage comparable. Celles nées avant septembre 1961 ne sont pas concernées : leurs droits étaient déjà liquidés selon les règles antérieures.

Un trimestre, ce n’est pas rien

Un trimestre de décalage, sur une carrière de cadre, ce sont quelques milliers d’euros de revenus d’activité conservés et une entrée en pension avancée d’autant. Pour un dirigeant qui articulait son départ avec une cession, une transmission ou la fin d’un crédit, c’est une date qui bouge, et une date qui bouge, dans un plan patrimonial, déplace tout ce qui était calé dessus.

Le premier réflexe n’est donc pas de se réjouir, c’est de rouvrir son relevé de carrière. Le nombre de trimestres validés et l’âge du taux plein se lisent en quelques minutes sur le site de l’Assurance retraite. Beaucoup de dirigeants ne l’ont pas fait depuis cinq ans, et beaucoup y découvrent des trimestres manquants qui se rachètent : un rachat dont le coût, lui, augmente avec l’âge.

Le calendrier des retraites est gelé, pas annulé

Le point que l’on oublie de vous dire

Le mot qui compte dans cette mesure n’est pas « réforme », c’est « suspension ». Le gel court jusqu’en janvier 2028, c’est-à-dire jusqu’après l’élection présidentielle de 2027. Ce qui se passe ensuite n’est arbitré par aucun texte : reprise du calendrier initial, nouveau décalage, ou tout autre chose. Personne ne le sait, et quiconque vous l’annonce avec certitude vous vend son pronostic.

Cela a une conséquence pratique immédiate. Un plan de départ construit sur l’hypothèse que 62 ans et 9 mois est désormais la règle définitive repose sur un pari politique. Un plan construit sur la fourchette, entre l’âge gelé et l’âge de la réforme de 2023, reste valable quel que soit le résultat de 2027. La différence entre les deux, ce n’est pas de l’optimisme, c’est de la robustesse.

Ce que l’on maîtrise, et ce que l’on subit

L’âge légal, vous le subissez. Il se décide dans un hémicycle, sans vous, et il changera encore. Ce que vous maîtrisez, en revanche, se compte : le nombre de trimestres que vous rachetez et l’année où vous les rachetez, le rythme auquel vous alimentez un plan d’épargne retraite pendant vos dernières années à taux marginal élevé, la date à laquelle vous déclenchez la sortie, et l’articulation de tout cela avec vos revenus fonciers ou une cession.

C’est la même logique que pour un bien immobilier : on ne discute pas la réglementation, on décide ce qu’on en fait. La différence entre deux dirigeants nés la même année, avec la même carrière, se joue entièrement sur ces arbitrages-là.

Il y a l’âge de départ, et il y a le reste

Calculer sa date de taux plein et racheter quelques trimestres : c’est l’arbitrage évident, et il se fait en une heure avec un relevé de carrière.

Le vrai travail commence après : étaler les versements sur les exercices où la tranche marginale est la plus haute, choisir entre sortie en capital et sortie en rente selon les autres revenus de l’année, articuler la liquidation avec une cession d’entreprise ou une donation, et arbitrer entre plan d’épargne retraite et assurance-vie maintenant que leurs fiscalités de sortie ont divergé. Des solutions plus construites, rarement proposées parce qu’elles supposent d’examiner une situation entière plutôt que de vendre un contrat.

Chez Paris Conseils, ce type d’arbitrage se tranche sur une note patrimoniale : deux pages, votre situation réelle, les leviers activables dans votre cas, et le chiffrage de chacun. Pas un catalogue de produits : une décision documentée.

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